NADEGE BERAUD KAUFFMANN

GENEALOGIE ET HISTOIRE

Robespierre (1758, Arras – 1794, Paris): La genèse de la Terreur

Maximilien-Marie-Isidore, aîné d’une famille bourgeoise de cinq enfants, fut baptisé le 6 mai 1758 dans la paroisse Sainte-Marie-Madeleine d’Arras. Il eut pour marraine Marie-Marguerite Cornu sa grand-mère maternelle et pour parrain son grand-père paternel, prénommé également Maximilien. Ce dernier apposa sa signature au bas de l’acte de baptême : « Derobespierre ». 

 

Les origines familiales de Robespierre 

Lorsqu’il naît à Arras en 1758, la famille de Robespierre fait partie de la bourgeoisie locale et évolue dans le milieu des notables de la région d’Artois. La particule « de » précédent le nom n’est en aucun cas révélateur d’une appartenance à la noblesse ; il s’agit certainement de l’indication de la région d’origine des aïeux de la famille mais on ignore à quel lieu ce nom « Robespierre » renvoie.

Ancienne capitale de l’Artois, Arras est aujourd’hui située dans le département du Pas-de-Calais. La ville, riche d’un patrimoine très ancien, a été marquée par les guerres mondiales notamment la première durant laquelle une partie importante de ses immeubles et monuments a été détruite.

A l’aube de la Révolution française, la ville où le culte catholique est très présent est dotée de la splendide Cathédrale Saint-Vaast et est divisée en dix paroisses. On retrouve les Robespierre notamment dans quatre d’entre elles : Sainte-Marie-Madeleine, Saint-Aubert, Saint-Géry et Saint-Jean-en-Ronville. La « maison Robespierre » où vécut le futur révolutionnaire avant d’être élu député et de partir pour Paris abrite aujourd’hui un musée retraçant à la fois sa vie et l’histoire du compagnonnage.


La famille de son père, des avocats de père en fils au moins sur quatre générations

Son père Maximilien-Barthélémy-François fut avocat au Conseil d’Artois. Il naquit à Arras en 1732 et fut baptisé dans la paroisse Saint-Aubert. Aîné lui aussi d’une fratrie composée de cinq enfants, son père Maximilien et son grand-père Martin étaient eux-mêmes avocats au Conseil d’Artois. Le petit Maximilien né en 1758 était ainsi suivant la tradition familiale prédestiné à la même profession.

Deux tantes paternelles de Maximilien recueillirent ses sœurs Charlotte et Henriette lors de la mort de leur mère et le départ de leur père.

Le père de Robespierre Maximilien-Barthélémy-François, son grand-père Maximilien, son arrière-grand-père Martin étaient tous trois également avocats au conseil d’Artois. Nous ignorons la profession de Robert : les registres paroissiaux du milieu du XVIIe siècle –rédigés en latin dans cette région- ne précisaient pas encore le métier exercé par les parents.

 

La famille de sa mère, Jacqueline-Marguerite Carraut, des origines modestes

Jacqueline-Marguerite naquit à Arras en 1735 et fut baptisée dans la paroisse Saint-Géry quartier où son père Jacques-François exerçait la profession de maître tonnelier puis celle de brasseur en gros. Elle eut un frère aîné Augustin-Isidore qui sera plus tard négociant puis marchand d’huile. La famille Carraut était originaire d’Hestrus, un village situé à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest d’Arras. Le grand-père de Jacqueline-Marguerite, Jean Carraut, épousa à la fin du XVIIe siècle une certaine Marie-Jeanne Odouart, fille de laboureurs.

Jacques-François Carraut et Marie-Marguerite Cornu jouèrent un grand rôle dans la vie de leur petit-fils Maximilien puisqu’ils le recueillirent avec son petit frère Augustin après le décès de leur mère.

 


L’arrière grand-mère maternelle de Robespierre, Marie-Jeanne Odouart, originaire de la campagne artésienne, était fille de laboureurs. Son fils Jacques-François avait réussi à améliorer sa condition et celle de sa famille en devenant brasseur à Arras.

 

Le mariage des parents de Robespierre et leur descendance

Maximilien-Barthélémy-François de Robespierre âgé de 26 ans épousa Jacqueline-Marguerite Carraut âgée de 22 ans le 3 janvier 1758 à Arras en la paroisse Saint-Jean-en-Ronville. Le mariage a dû être organisé rapidement pour éviter un scandale: la future mariée était en effet enceinte de quatre mois !

Outre Maximilien né quelques semaines plus tard, Jacqueline-Marguerite donna naissance à quatre autres enfants : Marie-Marguerite-Charlotte née le 5 février 1760 ; elle se faisait appeler Charlotte et fut l’auteur de Mémoires sur ses deux frères, publié au lendemain de sa mort en 1835; Henriette-Eulalie-Françoise, de santé fragile, née le 28 décembre 1761 ; Augustin-Bon-Joseph qui suivra les traces de son aîné sur les bancs de l’Assemblée parisienne ainsi qu’à l’échafaud, né le 21 janvier 1763 ; et enfin un petit garçon mort-né le 4 juillet 1764 que sa mère suivra dans la tombe peu après, le 16 juillet 1764 à l’âge de 29 ans seulement.

Certains avancent qu’elle serait décédée de la tuberculose ; toujours est-il que son fils aîné était atteint de la variole, dont il portait les cicatrices caractéristiques sur le visage. Un légiste spécialiste des énigmes historiques a tenté de démontrer récemment qu’il souffrait également de symptômes évoquant une « sarcoïdose » causant fatigue permanente et asthénie, qui le gênèrent plus tard dans son action politique. Henriette également était malade puisqu'elle mourut d'anémie à l'âge de 19 ans. 

La mort tragique de la mère de Maximilien et l’abandon du père

Dans ses Mémoires, Charlotte décrivit la tragédie que fut le décès de leur mère pour les enfants bien sûr qui étaient encore très jeunes : Maximilien n’avait pas encore sept ans et le cadet Augustin avait seulement un an et demi.

Mais leur père également en fut gravement affecté ! D’après le récit de sa fille, il était inconsolable et cessa dès lors de plaider. Le reste de la famille l’encouragea à voyager afin de remédier à sa dépression. C’est ce qu’il fit mais il ne revint jamais : il partit en 1767 pour s’installer finalement dans le Saint-Empire-Romain-Germanique où il fut enseignant puis il mourut à Mannheim - ville de l’actuel sud-ouest de l’Allemagne qui était un grand centre culturel au XVIIIe siècle- en 1777. Les répercussions sur le jeune Maximilien furent certainement importantes et déterminantes de son caractère par la suite.


Et après…

Elève doué et travailleur du Collège d’Arras puis du Lycée Louis le Grand, il exerça la profession d’avocat à Arras pendant quelques années avant de rejoindre à l’aube de la Révolution, en 1788, les bancs de la politique. Il connut deux opportunités de mariage manquées et demeura célibataire : son dévouement pour la patrie n'en fut que davantage renforcé.

Travailleur acharné depuis l’enfance, « l’Incorruptible » fort de l’engouement pour ses discours prononcés au Club des Jacobins, très populaire, glissa doucement vers l’excès au nom de la défense du peuple et des opprimés. Début 1793 il se prononça pour l’exécution du roi, lui qui était auparavant opposé à la peine de mort ! La suite est mieux connue : il fit éliminer politiquement et physiquement les Girondins. Le régime de la « Terreur » se mit en place jusqu’à la chute du « Tyran » le 9 Thermidor*… 

 

 *Arrestation de Robespierre le 27 juillet 1794. Il sera guillotiné le lendemain. Son frère Augustin qui avait marché sur ses traces, avocat puis député, fut lui aussi arrêté et exécuté.

Sources et bibliographie:

- Archives en ligne du département du Pas-De-Calais, www.archivespasdecalais.fr: Arras, paroisse sainte-Marie-Madeleine cote 5MIR041/17, paroisse Saint-Géry cote 5MIR041/4, paroisse Saint-Aubert 5MIR041/11 /12 et /13, paroisse Saint-Jean-en-Ronville cote 5MIR041/8; Hestrus cote E dépôt 450/E/1; Carvin cote 5MIR215/2; Lattre-Saint-Quentin cote 5MIR490/1, 

- Archives numérisées de Paris, www.canap-archivesenligne.paris.fr, fichiers alphabétiques, cote V3E/D1293, 

- Mémoires de Charlotte Robespierre sur ses deux frères publiés par l'historien Laponneray, Paris, 1835,

- Article Sciences et avenir « Robespierre retrouve sa tête. Et ses maladies » www.sciencesetavenir.fr, 

- Le site de l'office de tourisme d'Arras, www.explorearras.com.