NADEGE BERAUD KAUFFMANN

GENEALOGIE ET HISTOIRE

Aux origines d'Olympe de Gouges: Marie Gouze 1748 - 1770

Naissance et enfance à Montauban

De son véritable nom Marie Gouze, Olympe vit le jour le 7 mai 1748 à Montauban dans le sud-ouest de la France et fut baptisée le lendemain en l’Eglise Saint-Jacques. Son père était absent lors de cet événement puisque contrairement aux usages, il ne signa pas l’acte du registre paroissial. A la place se trouve une signature « Mouisset », peut-être celle de Jacques son grand-père maternel. Mais déjà un premier scandale entourait la naissance de cette enfant : elle était en réalité disait-on la fille illégitime de Jean-Jacques Lefranc de Caix, futur homme de lettres et marquis de Pompignan!

La petite Marie ne reçut que peu d'éducation, du moins ce fut ce qu'affirmèrent plusieurs auteurs à son sujet. A la fois d'ailleurs ceux qui souhaitaient noircir ses traits et ceux au contraire qui mettaient en avant son courage et sa détermination. Durant sa carrière littéraire puis politique, elle utilisera en effet les services d'un secrétaire pour la rédaction de ses ouvrages et de ses brochures.

 

 

 

Arbre généalogique simplifié d’Olympe de Gouges née Marie GOUGES ou GOUZE

(On trouve les deux orthographes dans les actes).

! Les oncles et tantes ne sont pas indiqués.



Ses parents

La famille de sa mère : Mouisset

Les membres de cette famille protestante travaillaient dans le domaine du textile depuis plusieurs générations : Jacques Mouisset natif de Montauban était cardeur* en 1619 lorsqu’il rédigea son testament. Son descendant Jacques, le grand-père d’Olympe, était quant à lui maître tondeur*.

Montauban, ville majoritairement protestante au début du XVIe siècle, subit une importante répression lors des Guerres de religion. La famille Mouisset se convertit par la suite au catholicisme probablement après la Révocation de l’Edit de Nantes de 1685. Par conviction ou plus certainement pour protéger ses intérêts... En tout cas comme de nombreuses autres familles alors. Relativement aisée, elle était très liée à celle des Lefranc de Pompignan, une famille noble et influente de Montauban, membre de la noblesse de robe.

Anne-Olympe, fille de Jacques Mouisset et de Anne Marty, naquit le 8 février 1714 et fut baptisée trois jours après dans l’église Saint-Orens de la paroisse de Villebourbon dépendant de Montauban. Son parrain désigné dans l’acte: Jean-Jacques Lefranc de Caix, le futur marquis de Pompignan âgé alors de seulement cinq ans ! Jacques Mouisset fut son précepteur et Anne Marty fut la nourrice de son frère Jean-Georges né quelques mois plus tard et futur archevêque de Vienne.

Anne-Olympe et Jean-Jacques grandirent donc ensemble et nouèrent des liens affectifs forts au point que leurs parents furent contraints de mettre de la distance entre eux: ils ne pouvaient y avoir d’alliance entre une famille bourgeoise et une famille de l’aristocratie. L’histoire prit un tour dramatique lorsqu'il fut envoyé à Paris et qu’elle fut mariée à un certain Pierre Gouze. Lefranc de Pompignan revint toutefois à Montauban en 1747 assumer la fonction de Président de la Cour des Aides : il fut peut-être alors l’amant d’Anne-Olympe qui donna naissance à Marie l’année suivante. Beaucoup plus tard et durant les années révolutionnaires, des hommes agacés par l'action politique d'Olympe de Gouges qui se proposait comme avocate du roi aux côtés de Malesherbes, la surnommeront la "bâtarde de Louis XV". Ce à quoi elle répondra non sans prétention: "Je ne suis pas la fille d'un roi mais d'une tête couronnée de lauriers. Je suis la fille d'un homme célèbre tant par ses vertus que par ses talents littéraires". 


* Quelques définitions :

- Cardeur : métier consistant à peigner et démêler les fibres textiles.

- Maître tondeur : artisan membre d’une corporation admis à la maîtrise, concernant ici le travail du textile et plus spécifiquement le tondage de drap qui consistait à lustrer et lisser les étoffes.


La famille de son père : Gouze ou Gouges  

Une généalogie élaborée au XIXe siècle mentionne un procureur nommé Pierre Gouze, membre d’une famille protestante, décédé en janvier 1632 et aïeul d’Olympe de Gouges de Montauban. Il s’agit là d’un autre exemple d’une famille protestante convertie au catholicisme probablement à la fin du XVIIe siècle.

Son descendant Jean, le grand-père officiel d’Olympe, était boucher comme le fut par la suite son fils. Pierre Gouze en effet exerçait la même profession que son père : ce métier était autrefois l’apanage de quelques familles. Membres de la bourgeoisie, les bouchers étaient aussi des personnages cultivés comme en atteste la signature aisée du père d’Olympe au bas de son acte de mariage.


Leur union

Le mariage de Pierre Gouze et d’Anne-Olympe Mouisset fut célébré le 31 décembre 1737 en l’église Saint-Jacques de Montauban. L’époux était le fils de Jean et de Jeanne Palis demeurant également à Montauban; la mariée alors âgée de vingt-trois ans était la fille de Jacques et d’Anne Marty, habitant Villebourbon. Difficile d’imaginer sa disposition lors de son mariage, elle qui venait d’être séparée de son amour d’enfance !



La fratrie d’Olympe

Anne-Olympe Mouisset et Pierre Gouze eurent quatre enfants : Jean, né en 1740, Jeanne en 1741, Marie / future Olympe en 1748 et enfin une autre fille prénommée également Jeanne en 1749. 

 Il peut paraître surprenant qu’en 1749 une autre fille soit appelée Jeanne, d’autant qu’un seul prénom est mentionné dans les actes de naissance de chacune ce qui ne facilite pas la distinction entre les deux. Le décès de Jeanne née en 1741 avant 1749 aurait pu l’expliquer : sauf qu’elle est bien vivante puisqu’elle se marie en 1756 avec un certain Pierre Reynard. Toutefois l’attribution d’un même prénom à plusieurs enfants était fréquente encore dans la France du début du XVIIIe siècle et un surnom permettait probablement de distinguer les enfants.

 


Décès de son père et remariage de sa mère

Pierre décéda peu après la naissance de Jeanne en 1750 laissant son épouse avec quatre jeunes enfants, pas encore en âge donc de l’aider financièrement : Jean avait dix ans, Jeanne neuf, Marie / Olympe était âgée de deux ans et la plus jeune Jeanne de quelques mois seulement. Des auteurs du XIXe siècle reprochèrent à sa mère son « rapide » remariage et une prétendue légèreté contraire à son statut de veuve. Pourtant, malgré leur appartenance à la bourgeoisie locale, Anne-Olympe dut éprouver quelques difficultés certainement morales mais aussi financières: elle se remaria avec un nommé Dominique-Raymond Cassaigneau le 6 février 1753 en l’église Saint-Jacques de Montauban.

 


Mariage d’Olympe

Les filles de la famille se marièrent alors qu’elles étaient encore jeunes : aussi Marie/Olympe n’échappa pas à la règle et épousa Louis-Yves Aubry le 24 octobre 1765 dans la paroisse Saint-Jean-de-Villenouvelle à Montauban. Fiancée à seize ans, elle n’avait que dix-sept ans lors de la cérémonie alors que son époux en avait quarante-sept!

Une anecdote amusante : Olympe aimait se rajeunir et raconta par la suite qu’elle n’avait que quatorze ans lors de son union. Idem lors de son audition par le Tribunal révolutionnaire en 1793 au cours duquel elle prétendit être âgée de trente-huit ans alors qu’elle en avait quarante-cinq !

Mais revenons au mari… elle avoua quelques années plus tard qu’elle ne l’avait pas trouvé « aimable » et n’avait toujours pas compris pas qu’elle eût été mariée à un homme « vulgaire » exerçant selon elle un « petit métier » : il était en 1765 officier de bouche –autrement dit cuisinier-, de messire de Gourgues l’intendant de Montauban. Cependant elle n’eut pas à supporter cet état de fait bien longtemps : Louis-Yves Aubry se noya lors des inondations et de la crue du Tarn et mourut en 1767 alors que Marie / Olympe était enceinte. Elle retira de cette union une image très négative, renforcée peut-être par l’expérience de sa mère ; elle méprisa dès lors le mariage en tant qu’institution et le qualifia par la suite de « tombeau de la confiance et de l’amour ». Elle décida de rester veuve pour rester libre, maîtresse de ses choix et ainsi échapper à la tutelle juridique d’un mari.

Elle décida de partir pour Paris...

 

La suite dans d'Olympe de Gouges II/ Sa vie parisienne

 


Sources et bibliographie succincte:

- Registres paroissiaux conservés aux Archives départementales du Tarn-Et-Garonne, Montauban, Paroisse Saint-Jacques, 1737 cote 6E121-57,  1748 cote 6E121-42, 6E121-45 / Paroisse St-Jean-Villenouvelle, 1765 cote 6E121-3 / Paroisse St-Orens-de-Villebourbon 1712-1716 cote 3E121-2GG7,

- MM. EUG et EM. HAAG, La France protestante, T5, J. Cherbuliez libraire-éditeur, Paris, 1855,

- Article sur Olympe de Gouges "Une féministe sous la Révolution", extrait du Journal des débats politiques et littéraires du 2 septembre 1898, disponible sur gallica.bnf.fr,

- Sophie MOUSSET, Olympe de Gouges et les droits de la femme, Agora, Editions du Félin, Saint-Amand-Montrons, 2007.